J'ai toujours fonctionné comme ça, je ne vois pas pourquoi je changerai !
- Maryna Amrhein
- 11 oct. 2025
- 3 min de lecture

Combien de fois en formation, j'ai entendu cela. C'est à l'autre de changer, moi tout va bien dans mon fonctionnement.
Cette affirmation, souvent dite avec conviction, s’accompagne fréquemment d’un soupir, d’un froncement de sourcils ou d’un ton agacé. Et c’est là tout le paradoxe : derrière ce refus du changement se cache souvent une émotion non écoutée. Une émotion qui tente, parfois maladroitement, de nous dire quelque chose d’essentiel.
Quand l’agacement devient un signal
Je me souviens de Pierre (prénom d’emprunt), venu participer à une formation de deux jours sur la gestion des émotions .Dès le début, il affichait une certaine résistance :
"Franchement, moi je suis calme, je ne me laisse pas envahir. Ce sont les autres qui devraient apprendre à mieux gérer leurs émotions."
Au fil des exercices et des échanges, pourtant, un glissement s’est opéré. Pierre a commencé à se rendre compte que ses « agacements » constants au travail n’étaient pas dus au comportement des autres, mais à ses propres besoins non entendus. Le dernier jour, il nous a partagé, ému : "J’ai compris que mes émotions ne sont pas mes ennemies. Elles sont là pour m’aider à mieux me comprendre"
Un déclic simple… mais fondateur.
Comprendre le rôle des émotions
Les neurosciences nous montrent que l’émotion n’est pas un signe de faiblesse, mais un message du cerveau limbique, une réaction automatique destinée à assurer notre équilibre et notre survie.
À retenir : une émotion n’est ni bonne ni mauvaise. Elle informe, elle dit : Quelque chose d’important pour moi est touché.
Chaque émotion a sa fonction. Voici quelques exemples concrets :
😠 La colère
Fonction : protéger nos valeurs et nos limites.
Message :
J’ai besoin que mes valeurs soient respectées.
J’ai besoin d’être reconnu ou pris en considération.
😢 La tristesse
Fonction : nous aider à faire le deuil, à accepter une perte ou une déception.
Message :
J’ai besoin de réconfort.
J’ai besoin de lien, d’attention ou de renouveau.
😨 La peur
Fonction : assurer notre sécurité.
Message :
J’ai besoin de repères, de stabilité, d’être rassuré.
J’ai besoin de comprendre ce qui se passe.
😳 La honte / culpabilité
Fonction : maintenir la cohésion sociale et nous ramener à nos valeurs.
Message :
J’ai besoin de réparer.
J’ai besoin d’être accepté malgré mes erreurs.
Pourquoi « je ne vois pas pourquoi je changerais » est une illusion
Lorsqu’une personne dit : "J’ai toujours fonctionné comme ça, je ne vois pas pourquoi je changerais", elle exprime souvent une peur du changement plutôt qu’une réelle conviction. Changer, c’est quitter une zone connue, même si elle est inconfortable, pour aller vers une zone d’inconnu. Et notre cerveau adore… le connu.
Mais derrière cette résistance se cache souvent une émotion refoulée ou mal identifiée. Apprendre à la reconnaître, c’est reconquérir son pouvoir d’action.
Nommer pour apprivoiser
Nommer une émotion, c’est déjà l’apprivoiser. Les chercheurs, comme Daniel Goleman ou Paul Ekman, ont montré que le simple fait de mettre des mots sur ce que l’on ressent active le cortex préfrontal, zone du raisonnement et du calme. Autrement dit, parler de son émotion aide à la réguler.
S’autoriser à ressentir… sans blesser
Ressentir la colère, la peur ou la tristesse, c’est humain. C’est même nécessaire pour maintenir un équilibre psychique sain. Ce qui fait la différence, c’est le comportement associé.
Plutôt que de crier ou de s’emporter, dire calmement : "Je suis en colère parce que j’ai besoin de respect / de clarté / d’écoute" permet d’ouvrir un espace de dialogue au lieu d’un champ de bataille
S’autoriser à ressentir sans juger son émotion, c’est apprendre à l’utiliser comme un levier de compréhension plutôt qu’un outil de défense.
Outil pratique : la phrase “clé”
Une phrase simple pour transformer une émotion en communication constructive :
"Je ressens [émotion] car j’ai besoin de [besoin non satisfait]"
Exemples :
« Je me sens frustré car j’ai besoin de reconnaissance. »
« Je me sens triste car j’ai besoin de soutien. »
« Je me sens inquiet car j’ai besoin de clarté. »
Cette formulation aide à reconnaître l’émotion sans s’y identifier, ouvrir le dialogue sans accuser l’autre, identifier le besoin réel, .
En conclusion : écouter, c’est déjà évolué
Apprendre à écouter ses émotions, c’est reprendre la responsabilité de ce que l’on vit, sans culpabilité ni fuite. Ce n’est pas renoncer à soi, c’est se rencontrer autrement.
Nos émotions sont des boussoles internes. Elles ne nous disent pas qui a tort ou raison, mais ce qui est vivant en nous. Alors, la prochaine fois que la colère, la peur ou la tristesse frappe à votre porte, prenez un instant pour lui demander :
De quoi ai-je besoin, là, maintenant ?
Souvent, la réponse n’est pas dans le monde extérieur…mais déjà en vous.
Changer n’est pas un signe de faiblesse, mais le signe d’un être qui écoute ce que son cœur, son corps et son esprit essaient de lui dire depuis longtemps.
